Femme & Âme

Femme & Âme est un espace éditorial indépendant,
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Ici, la féminité ne se crie pas.
Elle se pense, se vit, se choisit.

Une lecture lente, consciente,
entre élégance intérieure et résistance silencieuse.

Travailler ou se taire : quand le travail n’est plus un choix pour les femmes

« On nous a promis la liberté. Mais on a oublié de nous dire qu’elle serait conditionnelle. »

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit ici.

Non pas par manque de choses à dire, mais parce que certaines réalités demandent du recul avant d’être posées sur le papier.

Aujourd’hui, je veux parler de la place de la femme dans le travail.

Pas celle qu’on affiche dans les slogans.

Celle que l’on vit.

Après mon expérience chez H&M, une réflexion s’est imposée à moi non pas par déception, bien au contraire.

Mon arrivée dans cette enseigne a été marquée par un accueil chaleureux, une équipe bienveillante, et un environnement de travail que j’ai sincèrement apprécié. J’ai aimé y travailler. Rien, absolument rien, ne relevait d’une mauvaise expérience professionnelle.

Mais après quelques semaines, une autre réalité s’est fait sentir : la fatigue.

La fatigue de devoir tout concilier.

La fatigue de jongler entre la maison, les responsabilités invisibles, et le travail salarié.

C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ce rythme n’était pas un simple passage, mais une projection de ce qui m’attend après mon master. Et cette prise de conscience m’a profondément questionnée.

J’ai réfléchi. Longuement.

Puis, comme je suis quelqu’un qui partage beaucoup et très présente sur les réseaux sociaux, j’ai partagé cette réflexion dans une vidéo.

La réaction a été immédiate. Et surtout, extrêmement polarisée.

Un premier camp s’est formé : des hommes, parfois satisfaits de me voir exprimer cette fatigue, allant jusqu’à me rabaisser, comme pour dire « bien fait pour toi, tu comprends enfin ce que c’est ».

Alors que ce n’était absolument pas mon propos.

Ce que je cherchais à exprimer, c’était autre chose :

la compréhension de ce que l’on attend aujourd’hui d’une femme.

Une double charge.

Une double exigence.

Une souffrance souvent banalisée, parfois même romantisée.

En face, un second camp : des femmes qui ont jugé cette parole comme une trahison.

Me reprochant de vouloir dépendre de mon mari, de me placer sous son autorité, certaines allant jusqu’à l’insulte.

Et puis, il y a eu un troisième camp.

Celui des femmes qui se sont reconnues dans cette fatigue.

Celles qui, comme moi, trouvent ce système épuisant.

Celles à qui l’on demande toujours plus, sans jamais alléger le reste.

C’est à partir de là que j’ai compris une chose essentielle :

Le problème n’était pas le travail en lui-même.

Le problème, c’était l’accumulation.

Et l’attente permanente.

C’est devenu une norme sociale rigide, presque une obligation morale, rester à la maison est devienu une faute sociale

Aujourd’hui, une femme qui décide :

de rester à la maison, de ne pas avoir de travail « classique », de ne pas suivre le schéma métro – boulot – dodo,

est immédiatement jugée.

Elle est :

fainéante, dépendante, soumise, complice du patriarcat, accusée de nourrir le male gaze, perçue comme une menace pour les acquis féministes, UNE TRADEWIFE

Le choix n’est plus perçu comme une liberté, mais comme une trahison.

Le féminisme : origine, contexte et intentions initiales

Pour comprendre cette pression, il faut revenir à l’histoire.

Le féminisme n’est pas né pour forcer les femmes à travailler

Les premières revendications féministes apparaissent dès la fin du XVIIIᵉ siècle, avec des figures comme Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791).

Mais c’est surtout au XIXᵉ et début du XXᵉ siècle que le féminisme se structure autour de revendications claires :

droit à l’éducation, droit de vote, droit à la propriété, protection contre l’exploitation.

À ce stade, il s’agit de choix, pas d’obligations.

La deuxième vague : le travail comme émancipation

Dans les années 1960–1970, avec la deuxième vague féministe, portée notamment par Simone de Beauvoir, le travail devient un symbole central d’émancipation.

L’idée dominante est la suivante :

L’indépendance économique libère la femme de la domination masculine.

Cette analyse s’inscrit dans un contexte précis :

dépendance financière réelle, absence de droits bancaires, violences conjugales invisibilisées, impossibilité de quitter un mariage.

Le travail est alors un moyen, pas une finalité.

Quand le choix devient une injonction

À partir des années 1980–1990, un glissement s’opère.

Le capitalisme absorbe le discours féministe.

Le travail n’est plus présenté comme une option libératrice, mais comme la seule voie respectable.

La femme qui ne travaille pas devient suspecte.

La femme au foyer disparaît progressivement du récit dominant.

La disparition de la femme traditionnelle

Historiquement, la femme au foyer n’a pas disparu brutalement.

Elle a été dévalorisée progressivement.

Années 1950–60 : modèle familial dominant

Années 1970 : remise en question idéologique

Années 1990–2000 : invisibilisation

Années 2010–2020 : stigmatisation

Aujourd’hui, être femme au foyer n’est plus un statut acceptable aux yeux des féministes , c’est même vue comme une trahison par certaines.

La double, puis triple journée de travail est ce qui fait d’une femme une girls girls car oui la réalité contemporaine est brutale , les femmes travaillent à l’extérieur, gèrent la maison, s’occupent des enfants, portent la charge mentale, et cette surcharge est totalement normalisée.

Ce que l’on appelait autrefois « exploitation » est aujourd’hui nommé :

équilibre, empowerment, multitasking.

Les revendications salariales : une lutte incomplète

Oui, les inégalités salariales existent.

Oui, certaines femmes sont sous-payées.

Mais le débat salarial a occulté une question essentielle :

Pourquoi le travail domestique, éducatif et émotionnel n’a-t-il jamais été reconnu comme un vrai travail ?

Les femmes ont été intégrées au marché du travail sans que leurs autres responsabilités ne soient redistribuées ou reconnues comme un travail, et malgré les combats contre les inégalités salariales et les écarts entre femmes et hommes, une réalité demeure soigneusement ignorée :

la femme au foyer n’a jamais été reconnue comme une travailleuse à temps plein.

Et pourtant, son quotidien cumule plusieurs métiers à la fois, sans contrat, sans salaire, sans reconnaissance sociale.

Femme de ménage, éducatrice, cuisinière, gestionnaire du foyer, soutien émotionnel, chauffeur, logisticienne de l’ombre : autant de fonctions qui, sur le marché du travail, seraient rémunérées séparément.

Cette invisibilisation constitue en soi une inégalité majeure.

Car si le travail mérite salaire, alors le travail domestique mérite reconnaissance , voire indemnisation.

Il est peut-être temps de normaliser l’idée que le temps consacré au foyer a une valeur réelle.

Qu’il puisse être reconnu, compensé, et assumé comme tel, que ce soit par la société ou au sein du couple, sur un accord clair et juste.

Il est d’ailleurs intéressant de mettre en parallèle cette attente moderne envers les femmes et ce que dit l’islam à propos du travail féminin.

Là où la société occidentale contemporaine présente le travail comme une obligation sociale pour la femme parfois au prix de son épuisement, l’islam, lui, n’a jamais conditionné la valeur d’une femme à sa productivité économique. Bien au contraire.

Des droits fondamentaux aujourd’hui revendiqués en Occident, droit à la propriété, à la rémunération, à l’autonomie financière, au respect de son consentement , étaient déjà inscrits dans le Coran il y a plus de quatorze siècles.

Certes, ces principes n’ont pas toujours été appliqués, y compris dans des sociétés musulmanes, mais ils existaient avant même le féminisme. Ils étaient déjà là pour protéger la femme des injustices de la société envers ELLE.

Le faux choix moderne

On dit aujourd’hui aux femmes :

« Tu es libre de choisir. »

Mais dans les faits :

si tu travailles : tu es épuisée, si tu ne travailles pas : tu es méprisée.

Ce n’est pas un choix.

C’est une contrainte déguisée.

Aujourd’hui le féminisme contemporain peine à entendre une réalité simple :

Toutes les femmes ne veulent pas la même chose.

Certaines veulent travailler.

D’autres veulent rester à la maison.

D’autres encore veulent alterner, créer, inventer.

La véritable liberté serait le respect de tous ces choix.

Conclusion : redonner le choix aux femmes

Ce texte n’est pas une attaque contre le travail.

Ni contre le féminisme.

C’est un appel à la cohérence.

Un monde juste n’est pas celui où toutes les femmes travaillent,

mais celui où aucune femme n’est méprisée pour ses choix.

Sources et références

Simone de Beauvoir – Le Deuxième Sexe (1949) Silvia Federici – Caliban et la sorcière Nancy Fraser – Feminism, Capitalism and the Cunning of History INSEE / Eurostat – Données sur la charge domestique Olympe de Gouges – Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)

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